Pour 2018, cap sur l’Asie

  • Média

    L’Hémicycle

  • Auteur

    François Clemenceau

  • Parution

    Vendredi 8 décembre 2017

Buon Tan, député LREM élu en juin dernier, préside aujourd’hui le groupe d’amitié France-Chine de l’Assemblée nationale et se démène pour que la France soit encore plus présente en Asie.

Il y a des destins qui peuvent susciter admiration  ou jalousie mais rarement l’indifférence. Voici un homme qui aurait pu finir esclave endoctriné des Khmers rouges, noyé dans le Mékong ou éternel demandeur d’asile à Saïgon. Une bonne partie de la famille de Buon Tan, originaire de la province chinoise du Guandong, a péri brûlée vive lors de la conquête de Phnom Penh par les pyjamas noirs de Pol Pot. L’autre a survécu en choisissant la fuite, le transit au Vietnam puis l’exil en France. À Tours puis dans le 13e arrondissement de Paris, havre de la communauté asiatique dans la capitale, Buon Tan a grandi sur les traces de son père, fondateur de l’Empire des Thés. Expert en logiciels informatiques, il a fait profiter l’entreprise familiale mais s’est aussi investi au service des familles chinoises, vietnamiennes et cambodgiennes du Chinatown parisien. Pilier du secteur asso­ciatif communautaire, il a fini par se présenter au suffrage, d’abord à la mairie du 13e puis au Conseil de Paris. C’est à cette époque que l’exécutif et les entreprises font appel à lui pour bénéficier de sa connaissance de la région mais surtout de son carnet d’adresses. Buon Tan a ainsi accompagné le président Hollande en Chine deux fois ainsi que les premiers ministres Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls mais aussi Mathias Fekl ou Fleur Pellerin, avec, à chaque fois, bon nombre de chefs d’entreprises dans la délégation.

Est-il convaincu que la France n’en fait pas assez en Asie ? Bien sûr. Lors d’une rencontre avec L’Hémicycle le mois dernier, Buon Tan a malgré tout placé un espoir raisonnable dans la présidence Macron. « Il y a un cap Macron sur l’Asie », nous dit-il avant de préciser qu’il a été consulté à plusieurs reprises par les équipes du Quai d’Orsay et de l’Élysée. « Bien sûr j’aurai préféré que le Président se rende en Chine dès l’automne mais l’actualité internationale et l’agenda en ont décidé autrement. »

Ni de droite, ni de gauche, Buon Tan confesse avoir encore moins d’idéologie en ce qui concerne la relation à avoir avec la Chine. « Il y a aujourd’hui plus de Français en Chine qu’il n’y en avait lorsque la France occupait Shanghai ! », plaisante-t-il. « Nous avons du travail pour 20 ans si l’on veut développer nos activités et nos investissements sur place. La Chine n’a pas oublié que nous avons été les premiers à la reconnaitre en 1964 et notre image est incroyable sur place.  »

S’il s’est fait élire député puis président du groupe d’amitié France-Chine de l’Assemblée, c’est bien pour devenir le guide de ses collègues parlementaires dans leur apprentissage et leur compréhension du monde chinois. Non seulement, il croit à la diplomatie des élus mais aussi aux bénéfices de la présence et des rencontres répétées, à la politique du réseau. Il envisage d’ailleurs de faire venir auprès de la centaine de membres de son groupe d’amitié des chercheurs, des intellectuels et des artistes pour approfondir cette connaissance mutuelle entre les élites françaises et chinoises. Ce qui n’a pas échappé, naturellement, aux autorités de Pékin. N’est-ce pas l’agence officielle Chine Nouvelle qui s’enthousiasmait pendant la campagne législative de voir progresser ce candidat « très concerné par le développement des relations franco-­chinoises » qui « s’il est élu, profitera pleinement de cette plateforme de l’Assemblée pour promouvoir davantage l’amitié et la coopération entre la France et la Chine » ? L’agence de presse notait également déjà avec intérêt qu’en cas de victoire, Buon Tan proposerait « d’ouvrir des cours de chinois dans les écoles en France ». « Il faut éviter le risque de la complaisance avec la Chine », rétorque a posteriori le député. « Et ma ligne rouge sera de ne jamais aller au-delà de la ligne du Quai d’Orsay en la matière, de ne pas me substituer au travail de l’État. » Ce qui laisse de la marge…