Hommage aux travailleurs et combattants chinois de la Grande Guerre

Cimetière chinois de Nolette à Noyelles-sur-Mer, le 8 avril 2018

Nous sommes en 1915, le continent européen est plongé depuis une année dans l’horreur de la guerre. Cette guerre considérée comme « le suicide de l’Europe » s’enlise. Loin d’une guerre éclaire, l’année 1915 marque le début d’une guerre de position, la guerre des tranchées. Les nations européennes comprennent bien qu’elles ne pourront réaliser l’effort de guerre nécessaire à la victoire toutes seules. Elles se tournent donc vers leurs empires.

Cette partie majeure de la grande Histoire n’est étudiée que depuis peu. Les travaux de l’historienne Ma Li, que je salue aujourd’hui, ont permis d’apporter un nouvel éclairage sur cette histoire méconnue que nous commémorons aujourd’hui.

Ils étaient 140 000. 140 000 travailleurs chinois qui ont quitté leurs familles, leurs proches pour une terre qu’ils ne connaissaient pas, une guerre qu’ils ne comprenaient pas. Beaucoup d’entre eux ne sont pas arrivés à destination. 543 chinois ont ainsi disparu lorsque le bateau Athos fut torpillé le 17 février 1917 tandis qu’ils rejoignaient Marseille.

Ils étaient ouvriers dans les usines Renault, mineurs dans la Nièvre, dockers dans le port de la Seyne-sur-Mer. Et oui, nous pouvons le dire sereinement, de nombreux travailleurs chinois travaillaient bel et bien dans des usines d’armement, auprès de l’armée française et britannique.

La participation des 140 000 travailleurs chinois a l’effort de guerre a permis aux alliés de tenir, de réorienter toute notre industrie, notre économie. Partie intégrante de la guerre totale, l’effort de guerre déployé par les travailleurs chinois a contribué pleinement à la victoire finale.

Plus de 27000 travailleurs chinois ont disparu. 843 d’entres eux reposent autour de nous, au cimetière de Noyelles-sur-Mer. Nous nous remémorons aujourd’hui leur sacrifice pour notre pays, pour la liberté.

A la fin de la guerre, environ 3 000 travailleurs chinois choisirent de rester en France. À Paris, beaucoup d’entre eux s’installèrent dans les environs de la Gare de Lyon où ils allaient créer la première communauté asiatique.

Dans un monde multipolaire caractérisé aujourd’hui par son instabilité, il est plus que nécessaire de nous remémorer notre histoire commune entre la France et la Chine, entre l’Europe et l’Asie. Nous oeuvrons ainsi à la compréhension entre les peuples pour ensemble construire un avenir commun.

Buon TAN